La révolution haïtienne: une avancée postcoloniale – Laënnec HURBON

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Extrait:

L’insurrection des esclaves de Saint Domingue dans la nuit du 22 au 23 août 1791, a été un événement capital dans l’histoire universelle, elle aboutit en 1804 à l’indépendance d’Haïti après une victoire de l’armée des indigènes contre les armées napoléoniennes fortes d’environ 50 000 hommes expédiés sous la direction du général Leclerc. Ce fut une véritable révolution, mais elle n’a pas été perçue comme telle dans l’historiographie française et européenne. Bien plus, elle a été systématiquement banalisée. Or elle suscite un nombre considérable d’interrogations pour lesquelles jusqu’à présent nous ne disposons pas de réponses satisfaisantes.

D’abord, il faudra savoir quelle interprétation on a fait en Europe, en Amérique latine et aux États-Unis de la révolution haïtienne. De même on devra s’enquérir de la place qui est faite à cette révolution dans l’histoire et l’anthropologie naissantes au xixe siècle. Que deviennent les notions de race, de nation, de religion dans le cadre du nouvel État non européen qui s’établit dans la Caraïbe ? Quelles sont les contraintes rencontrées par ce nouvel État issu d’une classe d’esclaves révoltés ? Dans la littérature européenne comme dans la philosophie, comment parvient-on à penser les rapports entre l’universalisme des Lumières et la particularité des cultures autres (non-occidentales) mais matinées du triple héritage européen, amérindien et africain ? Quelle vision de l’Afrique la révolution haïtienne impose-t-elle ? Et quelle mémoire aujourd’hui induit la révolution haïtienne pour l’histoire universelle ?